Au moment de la dernière élection présidentielle,
les enquêtes dopinion ont été sans doute trop souvent mises en évidence, alors
quen fait ce genre denquêtes devrait surtout aider à maintenir les mémoires
en activité, comme un rôle darbitre dans une partie de football.
Cette même revue, dans son édition antérieure, a publié un
article** sur ce thème, et dans le numéro présent, celui-ci est repris dune forme
plus schématique, par le biais de deux figures.
La Figure 1 montre que même si la méthode de lenquête
dopinion ne change pas au cours dun procès électoral, la signification de
celle-ci pour lélectorat ainsi que les fonctions quelle remplit, changent en
fonction du contexte dans lequel elle est divulguée. Ignorer les différences de contexte
et de signification correspond à un vice sociologique, et naide pas à la
compréhension de la réalité.
La Figure 2 tente clarifier les principales caractéristiques des deux
grandes perspectives face aux enquêtes dopinion et à leur divulgation: la posture
technique méthodologique et la posture éthique politique. Ces positions, cependant, ne
sexcluent pas lune lautre, mais font référence à des problèmes
dordre différent.
Il a déjà été dit que la question clé qui concerne les enquêtes
et leur divulgation se situe dans le fait que les électeurs ont tendance à croire en
linfaillibilité des instituts dopinion, celle-ci étant renforcée par les
médias. En pratique, ce problème réside dans le fait que les électeurs tendent à
assumer, à des degrés divers, que les résultats des enquêtes dopinion sont
dépourvus de risques derreurs. Cette prétension à linfaillibilité
provient de la nécessité des instituts de renforcer systématiquement leur
crédibilité, laquelle doit être ancrée dans lexactitude des résultats
électoraux, ou alors, elle fait partie, bien que de forme non intentionnelle, de la
logique de propagande et de marketing des instituts. Dans ce cas, plus les enquêtes
dopinion paraissent sérieuses et plus grande est la pauvreté culturelle de
lélecteur, plus grande tend à être la probabilité que lélecteur accepte
pour lui-même cette prétension à linfaillibilité. Il est bien clair que cette
prétension est aussi endossée intégralement par les médias.
Les enquêtes dopinion sont des synthèse de facile
compréhension qui ont la prétension de dire la vérité des urnes, en lanticipant
sous lexpression "si lélection était aujourdhui...",
laquelle pourrait aussi être interprétée de la forme suivante "en maintenant la
situation actuelle, voici quel serait le résultat des élections". Ceci est la
part de vérité dont ces enquêtes sont porteuses et cest à ce niveau que réside
leur force comme éléments de propagande.
Une enquête dopinion avec un message de ce type, à la portée
de tous par lintermédiaire de la télévision, rencontre une signification
particulière à un an de lélection, une autre à un mois et encore une autre dans
la nuit qui précède celle-ci, et prend encore une autre connotation après-vote, dans
les enquêtes faites directement à la sortie des bureaux électoraux, quand disparaît le
« si... » et vient le « pour qui avez-vous voté ? ».
Face à ce qui a été dit, il sagit maintenant de proposer une
série de solutions et de montrer celles qui pourraient contribuer à neutraliser le
problème de la tendence à ce que les électeurs, ainsi que les médias qui les
divulguent, acceptent comme infaillibles les enquêtes dopinion.
Les solutions au problème éthique-politique qui a été mis en
évidence (ce qui ne substitue pas leffort à faire en vue de garantir exactitude et
intégrité technique-méthodologique), passent absoluement par la neutralisation de cette
tendence et renvoient aux exigences légales, en surpassant sa dimension bureaucratique.
Parmi les mesures suggérées, deux pourraient avoir de grandes conséquences: la
première serait que les résultats des enquêtes devraient inclure les résultats
électoraux proprement dits, en plus du plan denquêtes, aujourdhui objet
denregistrement. La seconde serait que la période de divulgation des enquêtes
dopinion devrait coincider avec la fin de la campagne électorale, soit deux jours
avant lélection, une fois que cest pendant cette période que la divulgation
est critique, car elle se transforme en une autre forme de campagne, même si il ny
a pas dintérêt électoral direct de linstitut et/ou du milieu de diffusion.
Une troisième mesure, après les élections, serait que la Justice Électorale publique
ensemble les résultats des enquêtes réalisées dans son domaine, ainsi que le résultat
des urnes.
On peut tirer de cela deux effets. Lélecteur va se rendre compte
de la nature des enquêtes avec une plus grande acuité, et, tout en réduisant son seuil
dacceptation de leur prétention dinfaillibilité, il va découvrir quels sont
les instituts qui ont montré les meilleurs scores, tout en maintenant lartifice des
enquêtes faites à la sortie du bureau électoral, ceux-ci pouvant saffirmer sur le
marché des enquêtes dopinion en fonction de leur réel mérite.
_____
*Sociologue, Professeur de lUniversité dEtat Santa
Cruz-UESC, responsable technique de lentreprise Sócio Estatística, Itabuna, Bahia,
Brésil, www.socioestatistica.com.br
** Communication présentée au « II Encontro
de Comunicação e Política », Faculté de Communication de lUFBA, Salvador,
Bahia, Brésil, décembre 1998.
Figure 1. Les
enquêtes dopinions électorales et leurs contextes promoteurs de différences
significatives.
Figure 2: Principales caractérístiques des positions techniques et éthiques
face à la divulgation des résultats denquêtes dopinion électorales
ENQUÊTES ELECTORALES:
POSITIONS QUI NEXCLUENT PAS LA NATURE DU PROBLÈME |
| TECHNIQUE-MÉTHODOLOGIQUE |
ÉTHIQUE-POLITIQUE |
 | Neutralité et non influence des enquêtes divulguées par les médias |
- Influence normale, nécessaire, qui fait partie du procès démocratique
|
- Différences de contextes impliquent dans des différences de signification et de
fonction excercée
- De linfluence normale du jeu démocratique à linfluence qui dépasse cette
normalité
|
Problème: erreur ou
degré dexactitude des résultats, dordre méthodologique. Les fonctions
stratégiques excercées par les enquêtes à la sortie des bureaux électoraux dans la
perspective des instituts et des questions éthiques |
Problème: acceptation par les électeurs de la
prétention dinfaillibilité des enquêtes (et des médias qui les divulguem)
Erreur: il existe une fonction éducative, induit à la
réflexion |
Restrictions à la divulgation après
la campagne: deux jours avant et le jour de lélection
Censure du droit dinformer les électeurs;
- condamner les électeurs à voter dans lobscurité;
- neutralité des enquêtes
|
Restrictions à la
divulgation après la campagne: deux jours avant et le jour de lélection
 | Garantir une égalité minimale de conditions entre candidatures; |
 | Éviter la saturation de lélecteur à la veille de lélection par des
enquêtes dopinion non contestées |
|